bélisle_marie 

{ manière de faire }

Comment ça se fabrique ?
Comment ça s’invente ?
D’où ça vient ?
Et où ça va (en autant que ça aille quelque part) ?

Au fil des jours et des années, depuis celles, lointaines, où j’abordais ces questions sur le mode universitaire, la fabrique de l’écriture est, en soi, un objet d’écriture. Que ce soit d’un point de vue général (générique?) ou à l’égard d’un projet spécifique, la réflexion sur les enjeux et les méthodes, les prétentions et les doutes, la matière et la manière m’apparait comme un essentiel reflet de ce que j’appellerai, faute de mieux, la fiction.

Cette fabricatio – manière de faire – se déroule donc comme une production théorique, disons, en parallèle, en contrepoint, ou, plutôt, en contre-champ de ce que j’appellerai, faute de mieux, ma production poétique.

Et il faudra bien, un jour, que je m’interroge sur cette tentation répétée de recourir au latin lorsque j’invente un titre…

Contrairement à l'idée reçue, la locution latine tabula rasa ne réfère pas a priori à une table qu'on aurait débarassée de tout objet, mais plutôt à une tablette dont on aurait arasé la cire pour y tracer de nouveaux signes. Quand j'ai cherché un titre pour ce projet qui s'amorçait, elle s'est imposée comme une évidence.

Et pour occuper l'espace entre l'œil de la lectrice et l'image/texte, je lui offre... un extrait de Tabula rasa d'Arvo Pärt.

04

Un jour, j’ai choisi d’abandonner le vers. J’ai choisi la phrase, j’ai choisi la syntaxe et la ponctuation (ou son absence). Plus rien ne me semblait justifier la découpe des lignes si ce n’est l’enjambement. Mais même lorsqu’un mot oscille entre deux propositions, le vers ne s’impose pas et la prose, peut-être, est encore mieux que le vers à même de donner à lire ce vacillement de la syntaxe.