bélisle_marie 

{ chambres & antichambres }

F. B. : Tu as toujours eu une mémoire d’éléphant, tu n’as jamais rien oublié et ça ne doit pas être facile…
R. G. : On écrit des livres.

Romain Gary, La nuit sera calme

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Arriverai-je à me souvenir de chacune des chambres où j’ai séjourné ? Curieusement, il me semble que oui. Et j’ai un souvenir aussi précis de certaine chambre où je n’ai passé que quelques heures que de certaine autre où j’ai vécu mille et une nuits. Et par quelle chambre commencer ? Une chambre de l’enfance ? Une chambre de joie ou une chambre de tristesse ? Une chambre d’amour ou une chambre de solitude ? Et cela importe-t-il ? Peut-on ordonner (à) la mémoire comme s’il s’agissait d’un jeu de cartes dont on devrait sérier les enseignes et les figures ?

tous_les_textes

test genially

Nous avions l’âge de dormir presque à même le sol, l’âge de n’avoir pas de rideaux aux fenêtres et de couvrir les murs d’affiches.

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Nous avions l’âge de dormir presque à même le sol, l’âge de n’avoir pas de rideaux aux fenêtres et de couvrir les murs d’affiches.

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Entre le lit et le fleuve – la mer, dit-on là-bas – il y a vingt pas, vingt-cinq peut-être quand la nuit nous rend moins hardis.

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J’intitule ce projet Camera lucida. Un clin d’œil à Barthes et à sa chambre claire, peut-être ? En fait, non. Nulle photo ici.

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J’écris aussi la liste des chambres. Les listes, plutôt. Parce qu’on s’aperçoit vite qu’il y a des catégories de chambres.

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Des chambres lointaines ou éphémères, je ne garde le plus souvent que l’image d’un objet, d’une lumière.

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Je passe parfois devant cet immeuble, rue Saint-Hubert. Je m’y attarde, le temps de revoir le vitrail.

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Faire un inventaire de mes chambres – une presque fiction de chambres – pour ne pas faire celui de mes amants ? Ou pour le faire de façon détournée, travestie ?

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Cette idée des chambres. Cette idée de la chambre. Singulière. Toujours singulière. Puisqu’on n’en habite jamais qu’une seule à la fois.

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Je ne trouve pas le nom de ce vert. Je le vois. Et une jeune femme, là, rue Montorgueuil, vient de passer devant moi portant ce vert au cou.